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190 – Sur les traces d’Hugh O’Neill, mon arrière-arrière grand père

Hugh O’Neill, le deuxième mari de Nathalie Dorion. On a vu, des chapitres 134 à 139, que Nathalie Dorion, mon arrière-arrière-grand-mère, avait épousé circa 1830 un Irlandais, du nom d’Hugh O’Neill, deux ans à peine après avoir relancé son premier mari, le docteur Patrick Gilroy, jusqu’à Washington (voir chapitre 131 De Québec à Washington, La saga Dorion-Gilroy).

Le couple O’Neill-Dorion aura une fille, Mary-Ann, mon arrière-grand-mère, née à Québec le 5 février 1834. Peu après la naissance de Mary-Ann, Nathalie et son deuxième mari, qui tenaient un commerce Côte de la Fabrique, faisaient faillite et quittaient Québec. On les retrouvait à Rapides, en Louisiane, puis à Natchez, au Mississippi, où Hugh O’Neill décédait en 1841, suivi en 1843 de Nathalie. J’ai suivi l’itinéraire de vie de Mary-Ann, leur fillette de dix ans devenue ainsi orpheline, de Natchez jusqu’à Québec, puis à Chicoutimi, Cap-Santé et finalement Charlesbourg, où elle décéda en 1909.

19001Qui était Hugh O’Neill? J’en savais fort peu sur Hugh O’Neill, dont le sang coule en moi puisqu’il est mon arrière-arrière-grand-père. Je ne disposais que du texte de son contrat de mariage avec Nathalie Dorion, passé à Québec le 19 juin 1830 devant le notaire Panet (voir chapitre 134 Un deuxième mari pour Nathalie Dorion). Hugh O’Neill y déclarait être originaire de Magherafelt, en Irlande du Nord, être le fils de Michael O’Neill et de Catherine Mannon et exercer le métier « d’ingénieur » (foundry draftsman). Il ne mentionnait ni son âge ni sa religion.

Une quête longue et fastidieuse. J’ai décidé de creuser le sujet. Je voulais déterminer la date et le lieu de sa naissance et, si possible, en apprendre davantage sur sa famille et sur la religion à laquelle il appartenait : protestante ou catholique? Ma quête s’est avérée fastidieuse. J’avais consulté des ouvrages historiques, des documents d’archives et des registres d’état civil qui étaient accessibles grâce à Ancestry.ca

Plusieurs embûches à surmonter. Mes recherches ne menaient nulle part. J’ai dû finalement solliciter l’aide d’un généalogiste qui m’avait été recommandé par les Archives nationales d’Irlande du Nord, à Londonderry. Celui-ci s’est investi dans la recherche, tout en me prévenant au départ des écueils rattachés à la démarche :

  1. Des registres d’état civil en partie ou totalement détruits : Les affrontements sanglants entre protestants et catholiques en Irlande du Nord au cours des siècles ont eu comme conséquence, notamment, que les registres paroissiaux de régions ou d’agglomérations entières ont été en partie ou totalement détruits. De nombreuses églises et lieux de culte furent incendiés, sans compter le nombre impressionnant de personnes tuées lors de ces affrontements. Les registres paroissiaux qui ont survécu sont peu nombreux, en très mauvais état et à toutes fins pratiques illisibles.
  2. Des règles de rédaction sibyllines ou lacunaires : les registres, quand ils existent, fournissent en général fort peu de renseignements sur la famille des personnes qui contactent mariage ou qui sont décédées. Les informations fournies se limitent au strict minimum. Il est impossible de dresser la lignée des ascendants.
  3. Des millions d’Irlandais qui ont fui l’Irlande : Depuis les années 1825, plusieurs Irlandais catholiques avaient pris le chemin de l’exil en Australie, au Canada et aux États-Unis, tant leurs conditions de vie étaient effroyables. Puis la maladie des pommes de terre, en 1845, 1846 et 1848, causée par le mildiou, entraîna une importante famine et la mort d’un million de personnes. En 1856, plus de 2,5 millions d’Irlandais avaient quitté leur pays! Il n’est pas évident de remonter jusqu’aux ancêtres et leurs descendants quand une proportion importante de ces derniers sont dorénavant établis sur un autre continent.

 Voici, néanmoins, ce qui ressort de mes recherches.

Hugh O’Neill, un nom très chargé au plan historique. Ce nom de famille est très fréquent en Irlande du Nord mais également en Amérique du Nord et en Australie, étant donné les mouvements migratoires importants des Irlandais de souche catholique vers ces deux pays.

19002Le patronyme O’Neill remonterait à la nuit des temps, jusqu’à un certain Ui Néill, ou Niul, fils d’un roi scythe dont les descendants auraient posé pied en Irlande en 1200 avant Jésus-Christ. Cette théorie est avancée par des historiens crédibles et figure dans les ouvrages les plus sérieux consacrés aux armoiries des familles britanniques et irlandaises. Le héros le plus connu de la lignée fut Hugh O’Neill, comte de Tyrone, Irlandais et catholique qui, dans les années 1595, avait tenu tête aux protestants et aux Britanniques, dans le comté de Tyrone dont faisait partie Magherafelt, et défié ainsi la reine Élizaeth I d’Angleterre. Il est, pour les Irlandais catholiques d’Irlande du Nord, un héros mythique.

Hugh O’Neill (1550-1616)
Né en 1550, Hugh O’Neill était le petit-fils du premier comte de Tyrone, Conn O’Neill. Catholique, il recevra néanmoins une éducation soignée en Angleterre et y sera élevé comme un noble anglais. Il devient en 1585 comte de Tyrone et s’y installe. Après avoir pendant un temps protégé les intérêts de la monarchie britannique, il prend en août 1594 la tête d’une rébellion armée contre la reine Élizabeth l. Son armée compte 1 000 cavaliers, 1 000 soldats armés de piques et d’hallebardes et 4 000 fantassins se déplaçant à pied. Défait en 1601 par lord Montjoy, il fuit en Espagne, puis revient en Irlande du nord après la mort de la reine et l’accession au trône de Jacques d’Écosse. Ayant fomenté une autre rébellion en 1607, il est forcé de s’exiler définitivement. Reçu comme un héros par les monarchies catholiques d’Europe, il meurt finalement le 20 juillet 1616, à Rome. Source : Wikipedia

Hugh O’Neill, de confession catholique? Oui. S’appeler O’Neill et surtout se prénommer Hugh dans l’Irlande du Nord des années 1800, et surtout dans la région même où le héros Hugh O’Neill avait fomenté sa rébellion, n’était pas fortuit : il s’agissait certainement d’un choix de ses parents, un choix par lequel on se déclarait l’héritier d’une tradition longue et pleinement assumée. On était Irlandais et catholique, n’en déplaise aux protestants. Mon arrière-arrière-grand père était donc, sans l’ombre d’un doute, catholique!

Magherafelt, lieu de naissance d’Hugh O’Neill? Peu probable. Hugh O’Neill déclarait, dans son contrat de mariage, être originaire de Magherafelt, en Irlande du Nord. Ce bourg, situé dans le comté de Derry, à trente milles de Londonderry et à 96 milles de Dublin, était au dix-neuvième siècle un chef-lieu important à l’intersection de diverses routes qui menaient à Londonderry à l’ouest, à Belfast à l’est, et à Coleraine ainsi qu’à Antrim au nord. On y trouvait un bureau et un relais de poste. Il s’y tenait des marchés où les producteurs agricoles du coin venaient vendre leurs produits.

19004aCe fief était dominé depuis des siècles, tant au plan économique que démographique, par les protestants, qui s’étaient vus attribuer par les Britanniques des terres dont on avait dépossédé les catholiques, souvent réduits à une extrême pauvreté. La plupart des terres des villages avoisinants étaient la propriété d’une compagnie britannique, la Salter’s Company. Elle y exploitait, dans tous les sens du terme, des usines de traitement du lin qui employaient 1 000 personnes, essentiellement des agriculteurs de la région et leurs femmes. Celles-ci, de leur domicile, tissaient à la main le lin.

Une histoire de Magherafelt (1800-1900) dans laquelle les O’Neill ne figurent pas. W.H. Maitland, dans un ouvrage consacré à l’histoire de Magherafelt, et dont j’ai fait venir un exemplaire d’Irlande, dresse un portrait documenté de ce chef-lieu où lui-même habitait (W.H. Maitland, History of Magherafelt, Cookstown, Mid-Ulster Printing, 1916, 111 pages). La prédominance des institutions, des commerces et des propriétés détenus par des protestants y est flagrante. La liste des résidents de Magherafelt pour 1824 selon leur occupation (membres du clergé, marchands, propriétaires de boutiques et d’échoppes, voituriers, etc.) est exhaustive. On n’y trouve aucun O’Neill. La déclinaison des personnes qui étaient propriétaires et occupantes d’une propriété dans le bourg même de Magherafelt, selon un relevé effectué en 1837, n’inclut elle non plus, à toutes fins pratiques, aucun O’Neill.

Toujours dans l’ouvrage en question, on trouve les noms de deux O’Neill : Un Cornelius O’Neill qui en 1827 avait trouvé dans un marécage, situé sur sa terre à Aghagaskin, les vestiges d’une vieille barque qui remonterait à l’ère des Vikings. Et un J.E. O’Neill, avocat et vice-président du conseil de comté pour le secteur de Tobermore. C’est bien peu.

Hugh O’Neill, ingénieur? Probablement pas. Il est donc peu probable que mon arrière-arrière-grand-père soit né à Magherafelt même, largement dominé par les protestants à tous points de vue. Il était sans doute originaire d’un village avoisinant et aura déclaré ce bourg dans son contrat de mariage parce qu’il s’agissait du chef-lieu de la région. De même, selon les recherches menées par le généalogiste irlandais, la seule fonderie de la région, située à Tullylinksay, avait fermé ses portes en 1746. La seule véritable industrie de la région dans les années 1800 était celle de la récolte et de la transformation du lin.

Il est également peu probable qu’Hugh O’Neill ait exercé le métier d’ingénieur (foundry draftsman).

D’où venaient ses parents? Avait-il des frères et des sœurs? Impossible de le déterminer. Avant 1864, il n’existait aucune obligation pour les familles en Irlande d’enregistrer les naissances de leurs enfants auprès de l’État. Quiconque désire retracer ses origines, catholiques ou non, n’a donc d’autre choix que de se tourner vers les registres des paroisses, ce que j’ai voulu faire. Or les registres catholiques de Magherafelt et des environs antérieurs à 1834 ont tous été détruits. C’est ce que m’a confirmé le curé de la paroisse, father John Gates, avec lequel j’ai correspondu. Il était désolé, mais ne pouvait m’être d’aucun secours. Il m’était donc impossible de déterminer le lieu et la date de naissance de mon arrière-arrière-grand-père ainsi que ceux de son père, Michael O’Neill, et de sa mère, Catherine Mannon. Quand ses parents s’étaient-ils mariés? Avait-il des frères et des sœurs? Impossible de le savoir.

Les recensements nous mènent à Ardtrea. Le généalogiste que j’avais mandaté pour consulter en ligne les registres détenus aux Archives nationales de l’Irlande du Nord (Public Records of Northern Ireland, PRONI), avait dû lui aussi déclarer forfait. Il se tourna alors vers les données des recensements. Dans celui de 1766, qui ne portait que sur les propriétaires terriens, il repéra un Michael O’Neill, à Ballyneil Beg and More, près d’Artrea.

Le recensement de 1831 se révéla plus intéressant : on y relevait un Michael O’Neill à Dreenan, situé à huit milles au nord de Magherafelt, et deux Michael O’Neill à Desertmartin, à trois milles au sud-ouest de Magherafelt. Mais c’est surtout à Ardtrea, à environ six kilomètres au sud de Magherafelt, qu’on trouvait la plus forte concentration d’O’Neill de la région. En fait la majorité des familles qui y résidaient dans les années 1800-1830 étaient des O’Neill. Qui plus est, on y trouvait un Robert Mannon.

La chose a piqué ma curiosité. À défaut d’en savoir davantage sur mon arrière-arrière-grand-père et ses origines, je voulais à tout le moins voir d’où il venait. Je suis partie pour l’Irlande du Nord.

191 - Édith en Irlande

 

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