EdithBedard.ca Mon arbre

EdithBedard.ca

138 – Nathalie et le clan Dorion en Louisiane : si près si loin

(Nathalie Dorion 8)

Nous avons retrouvé la trace de Nathalie Dorion à Rapides, en Louisiane. D’autres Dorion l’avaient précédée dans cette partie des États-Unis.

Deux frères, petits-cousins de Nathalie Dorion déjà en Louisiane. Deux petits-cousins de Nathalie Dorion s’étaient installés à la Nouvelle-Orléans, dans les années 1835-1840, donc presqu’en même temps qu’elle-même gagnait Rapides, en Louisiane aussi. Il s’agissait de Côme et de Damien Marchessault, originaires de l’Assomption dans la région du Richelieu. Leur père, Christophe Marchessault, un marchand, avait épousé Julie Dorion (1793-1856), une cousine et une contemporaine de Nathalie Dorion. Les Dorion de l’Assomption, descendants de Noël Dorion et de Barbe Trudel, et ceux de Québec, descendants de François Dorion et de Nathalie Trudel étaient fort liés. Les deux frères, bouchers, avaient épousé les deux sœurs (voir chapitre 107 Une deuxième génération copiée /collée chez les Dorion). Ce lien se maintiendra sur plusieurs générations.

13801Côme Marchessault prendra racine à la Nouvelle-Orléans et y épousera Amélie Ernestine Paysant, qui lui donnera cinq enfants. Je n’ai pu identifier son métier ni la date de son décès. Il semble avoir été un citoyen exemplaire et respecté. Ses descendants affichaient encore il y a quelques années sur les sites généalogiques web canadiens et américains des messages en vue d’en apprendre davantage sur leurs ancêtres : « My wife is a great-great granddaughter of Côme Marchessault who came to New Orleans in the late 1830’s and married there. Côme Marchessaut is the son of Christophe Marchessaut and Julie Dorion. (…) My wife line is:
Christophe-Marchessaut-Julie Dorion
Côme Marchessaut-Amelie Ernestine Paysant
Marie Amelie Josephine Marchessaut-John Raymond Bistes
Signed : Raul Guerra »

Damien Marchessault, maire de Los Angeles, au destin tragique. Le frère de Côme Marchessault, Damien, né en 1818, est resté dans annales pour s’être mérité une réputation de joueur compulsif dans les bars de la Nouvelle-Orléans. Il gagna ensuite Los-Angeles où il aurait tenu un salon de billard. Il deviendra maire de cette ville, du 9 mai 1859 au 9 mai 1860, puis de janvier 1861 au 6 mai 1865. Mais menacé de poursuites pour fraude, il se suicidera le 20 janvier 1868 dans la salle du Conseil de l’Hôtel de ville en se tirant une balle dans la bouche. Ce dernier fait n’est pas recensé dans les sites généalogiques d’ici. Mais lorsqu’on fouille sur internet, l’information apparaît. On y apprend qu’avec un de ses partenaires, Prudent Beaudry originaire de Sainte-Anne-des-Plaines, il avait obtenu un contrat pour l’installation d’un système d’aqueduc dont les tuyaux d’amenée étaient recouverts de bois. Ceux-ci se mirent à couler, puis finirent par se fissurer, provoquant des fuites importantes dans les rues de la ville, suscitant l’ire de la population. 

L’entrefilet paru dans les journaux de Los Angeles ne laisse planer aucun doute sur les problèmes personnels qui poussèrent Damien Marchessault à se suicider, le 20 mars 1868. On ne nous épargne aucun détail sur la trajectoire de la balle qui lui a traversé la bouche pour gagner le cerveau. En prime, le nom de son frère nous est fourni. L’art d’assassiner une personne, alors même que celle-ci s’est suicidée.

Un autre petit-cousin, au Tennessee. Charles Dorion (1801-1870), un autre petit-cousin de Nathalie, avait quant à lui quitté Saint-Antoine-sur-le-Richelieu à destination de Boston, puis du Tennessee, dans les années 1820. Il était le fils de Charles Dorion et de Marguerite Panneton.

DES COUSINS QUI CORRESPONDRONT PENDANT PLUS DE 30 ANS.
Côme Marchessault, Charles Dorion et un autre de leurs cousins, Antoine-Aimé Dorion, lui-même installé à Toronto puis à Montréal, s’écriront pendant plus de trente ans sans jamais rompre le lien qui les unissait avec leurs familles de Québec et de la région du Richelieu. Charles correspondra également avec sa sœur Julie. Les lettres, rédigées en anglais, font plusieurs pages chacune. Il y est question des mariages que chacun a contractés, des enfants qui sont nés, mais également de ce qui se passe chez les Dorion de Québec et de la région du Richelieu.

Cette correspondance sera conservée et regroupée par Joseph Fleming, de Memphis, au Tennessee, un descendant de Charles Dorion. Il mettra aimablement ce vaste matériel à la disposition du généalogiste Roland-J. Auger. Celui-ci en reproduira de larges extraits dans un long article sur la famille Dorion, qui a été publié dans un numéro du périodique French Canadian and Acadian Genealogical Review, et que j’ai précédemment cité dans le blogue (Quintin publications, 1971, vol. III, pp. 151 à 179).

Charles Dorion et sa sœur Julie s’écrivent régulièrement. Au cours des années, Charles écrira de plus à son père, Charles Dorion, maintenant installé à Trois-Rivières chez son frère Pierre-Antoine Dorion depuis le décès de sa femme, Marguerite Panneton. Charles entretiendra également une correspondance avec sa sœur Julie (1804-1834). Celle-ci avait été confiée à la famille Dorion de Québec suite à la mort prématurée de sa mère. Elle fut recueillie et élevée par Marie-Anne Dorion, la dame aux latrines qui était la tante de Nathalie (voir chapitre 110  Marie-Anne Dorion, un sacré caractère). On se rappellera que Jacques Dorion, futur médecin et héros de 1837, fils illégitime de Paul Dorion, sera également élevé par sa tante (voir chapitre 121 Qui étaient les vrais parents de Jacques Dorion?).

Julie était donc au fait de ce qui se passait dans le clan Dorion. Elle connaissait sûrement Nathalie Dorion ainsi que ses deux maris successifs, sans compter les querelles médiatiques et les péripéties financière de mon arrière-grand-mère. Julie épousera un marchand anglophone de Québec, James Ross, en 1830, mais décédera du choléra en 1834.

Aborde-t-on les vrais sujets? Les années passent. Les cousins continuent de s’écrire. À titre d’exemple, le 8 avril 1858, un échange de correspondance entre Antoine-Aimé Dorion, fils de Pierre-Antoine, installé à Toronto, et son cousin Charles, toujours installé au Tennessee, confirme qu’on se tient informé des bonheurs et des malheurs des uns et des autres : « I am the second son of Pierre Antoine Dorion of Ste-Ann’s with whom your late father resided for a great many years and at whose house he died in 1834. (…) Your sister, one of the handsomest and best woman I have ever seen, died as you are aware in 1834. She left no issue as far as I know. Mr. Ross remarried and is now residing at or near London in England (…) Mr Marchessaut died in the fall of 1856, having several childen one of whome Côme is in New-Orleans, doing well. Another is in California, doing little I believe.

(…) The youngest Catherine, about 66 years of age is still living at St-Ours as also Dr Jacques Dorion who is now the head of five grown children.Mr Joseph Dorion died about 1832. His widow is still living and resides at St-Hyacinthe. (…). And elder brother of Pierre, of the name Francis or Frank still lives at Three Rivers and has a large family » (Lettre d’Antoine-Aimé Dorion à son cousin, Charles Dorion, datée du 8 avril 1858, dans Roland-J. Auger, Op. cit., pp. 165 et 166).

Les oncles et cousins qu’identifie Antoine-Aimé nous sont tous connus, même le dénommé « Francis » ou « Frank » qui est en réalité François, époux de Madeleine Albrecht, boucher de son métier établi à Trois-Rivières (voir chapitre 116 François Dorion, poursuit la tradition) et que son frère, Peter ou Pierre, sauvera de la faillite. Les cousins semblent garder toujours une « petite gêne ». Ils échangent entre initiés et semblent préférer effleurer les sujets délicats, plutôt que de les aborder franchement.

Mais jamais on ne correspondra avec Nathalie Dorion. Une cousine trop dérangeante? Pas une seule fois, dans les lettres que reproduit Roland-J. Auger, le nom de Nathalie Dorion n’est mentionné. Elle était pourtant la sœur de Peter et de Frank. Qui plus est, elle avait quitté Québec à destination de la Louisiane!

Des interrogations surgissent : Ces cousins qui s’informaient les uns les autres des événements marquants au sein du clan Dorion élargi pouvaient-ils ignorer les querelles conjugales médiatisées de Nathalie Dorion à Washington avec son premier mari? Ses déboires financiers avec son deuxième mari, Hugh O’Neill, à Québec? Son installation avec ce dernier en Louisiane? Côme Marchessaut de la Nouvelle-Orléans suivait-il les événements? Les cousins prirent-ils le parti de taire ces événements? Et même de s’abstenir de la fréquenter? Il semblerait que cela ait été le cas. Leur cousine déplaçait, sans doute, trop d’air.

On peut présumer que Nathalie Dorion a dû se sentir quelquefois bien seule compte tenu des événements qui suivront…

Consultez l’arbre généalogique des Dorion
Consultez le tableau des descendants de Pierre Dorion et de Jane Clarke
139 - La mort de Hugh O'Neill

 

Recherche
Merci de faire connaître ce site