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107 – Une deuxième génération « copiée / collée » chez les Dorion

Noël et François Dorion reprennent le flambeau… ou plutôt le couteau! Je descends de Jean-Marie Dorion, un des trois fils de Pierre Dorion qui avaient accédé au métier de boucher grâce à Jean-Baptiste Chapeau (voir Chapitre 106 – Trois des fils de Pierre Dorion accèdent au métier de boucher). Jean-Marie était capitaine de milice ce qui, à l’époque, conférait un certain statut. Depuis 1669, tous les hommes de 16 à 59 ans devaient obligatoirement faire partie de la « milice canadienne ». On les réunissait une fois par mois pour leur faire exécuter divers exercices militaires. Il s’agissait de se protéger contre les attaques des Indiens mais tout autant contre celles des Anglais et des colons de la Nouvelle-Angleterre, dans les zones frontalières.

Jean-Marie avait épousé Thérèse LeNormand, le 19 février 1730. Le couple produira douze enfants, dont Madeleine, une des protagonistes de l’épisode narré par Philippe Aubert de Gaspé dans ses Mémoires (voir Chapitre 99 – Trois petites Dorionnes).

Deux des enfants nés de l’union de Jean-Marie Dorion et de Thérèse LeNormand, soient Noël, né en 1737, et François, né en 1734, reprendront la profession de leur père et de leurs oncles. Ce François, boucher de son métier, est mon ancêtre direct.

10701Les mêmes prénoms, immanquablement! Ce qui permettra de distinguer ces Dorion-là d’autres Dorion, tous issus de l’ancêtre Pierre Dorionne, c’est souvent la référence spécifique, à partir de cette génération, à leur occupation. Ils seront immanquablement identifiés comme exerçant la profession de boucher, puis de maître-boucher, dans les registres d’état civil lors de mariages, sépultures ou du baptême de leurs nombreux enfants. Et même lorsqu’ils devront se défendre devant la justice.

Il n’est pas toujours évident de départager entre les uns et les autres au sein de ce creuset! Car les homonymes sont légion et se retrouveront répétés d’une génération à l’autre dans les multiples branches de cette famille nombreuse, qui se reproduira allègrement: Pierre, François, Jean-Marie, Noël, Jean-Baptiste notamment pour les hommes. Et Geneviève, Barbe, Julie, Nathalie, Marie-Anne ou Anne-Marie pour les femmes. La chose a de quoi confondre! J’ai eu l’impression, en essayant laborieusement de retracer le fil conducteur qui me reliait à ces personnes, d’ouvrir une fourmilière, tant les individus sont nombreux et semblent avoir vécu des existences similaires les unes des autres, avec des métiers identiques, des noms et des prénoms identiques. Difficile alors de s’y retrouver dans les inventaires généalogiques.

Un phénomène décrit par les psycho-généalogistes. Ce phénomène d’attribution des mêmes prénoms et de spécialisation professionnelle a été admirablement décrit par Anne Ancelin Schutzenberger dans son ouvrage intitulé Aïe mes aïeux! (Desclée de Brower, 1988, 17 fois réédité!). Un phénomène qui, selon cette psychologue spécialiste de la psychogénéalogie, finit par fixer littéralement des traits de personnalité dans l’inconscient des membres d’une famille. De multiples liens trans-générationnels se transmettent alors et ce, sur plusieurs générations, à la faveur de choix d’abord délibérés par les membres de ces familles. Comme ces choix sont reconduits d’une génération à l’autre et encouragés souvent par les aînés, ils finissent par créer des traits de personnalité et des aptitudes professionnelles qu’on pourrait presque assimiler à une empreinte génétique.

Je me souviens fort bien que ma grand-mère paternelle, Mathilde, dont la grand-mère maternelle, Nathalie, était une Dorion, faisait boucherie. Elle savait parfaitement découper les viandes, produire ses saucisses de porc, sans compter la tête fromagée (une tête de porc farcie!) et autres confections culinaires de la cuisine d’ici. Y avait-il un lien avec ses racines profondes? Permettons-nous, à tout le moins, de l’imaginer…

Les affaires vont bien… Les Dorion semblent prospérer et tirer leur épingle du jeu. D’ailleurs, le 20 novembre 1760, l’exclusivité de la boucherie est adjugée pour une durée d’un an à quelques bouchers dont un Pierre Dorion, boucher, qui offre le meilleur prix. Dans l’acte officiel de cette adjudication, il est également fait mention de François Dorion, mon ancêtre direct.

Les Dorion, pas nécessairement des anges… Les Dorion seront cités à comparaître à plusieurs reprises devant les autorités, surtout pour des litiges reliés au commerce de la viande, ce qui n’a rien d’étonnant compte-tenu de la réglementation fort stricte entourant cette activité. Comme ils tâtent des affaires et semblent avoir du caractère, ils feront à l’occasion l’objet de poursuites et n’obtiendront pas toujours gain de cause.

À titre d’exemple, le 15 novembre 1757, François Dorion sera traîné en justice par un dénommé Jean Mongeon pour avoir atteint à la réputation de ce dernier. Mon ancêtre, accompagné de maître Panet, aura beau déclarer reconnaître Jean Mongeon comme un « homme de bien et d’honneur », la Cour de la Prévôté le « condamne à 12 livres d’amende applicable à l’Hôpital général, en plus des dépens liquidés à 3 livres et 15 sols ». (Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Pistard).

10700aLes deux frères épousent les deux sœurs! Tout comme cela avait été le cas entre les Dorion et les Chapeau, deux des fils de Jean-Marie Dorion épouseront les deux sœurs, filles de Nicolas Trudel et de Barbe Huot. 

En effet, Noël Dorion, né en 1737, se mariera avec Barbe Trudel, le 7 janvier 1766. Son frère, François, né le 7 mai 1734, épousera quant à lui Nathalie Trudel le 6 septembre 1762. Il est mon ancêtre direct. Les deux sœurs, nées à Saint-Augustin-de-Desmaures, dans la banlieue de Québec, sont les filles de Nicolas Trudel et de Barbe Huot. Ce phénomène, qualifié de « mariage remarquable parallèle » par les spécialistes, était rare mais non exceptionnel en Nouvelle-France. Il renforçait la solidarité au sein d’une famille, permettait de se prémunir contre la dispersion des actifs mobiliers et immobiliers. Il permettait également d’éviter les mariages consanguins, que l’Église n’encourageait pas même si elle retirait des avantages financiers non négligeables des dispenses ainsi accordées.

Des liens étroits… Le fait que de tels mariages parallèles se répètent sur deux générations, au sein d’un même creuset familial et professionnel est, lui, exceptionnel. Cela a sûrement contribué à créer des liens étroits et continus entre les deux branches de la même famille. C’est ainsi que Noël et Barbe seront les parrains de la fille de François et de Nathalie, Marie-Anne, née le 16 août 1768, dont nous parlerons au chapitre 109 (Marie-Anne Dorion, un sacré caractère). Quand Barbe, épouse de Noël, accouchera d’un fils dénommé lui aussi Noël, le parrain et la marraine en seront François et Nathalie.

Noël Dorion et Barbe Trudel s’installent dans la région du Richelieu. Noël Dorion et sa femme quitteront Québec en 1781 et s’établiront dans la région du Richelieu. Ils s’installeront d’abord à Saint-Charles-sur-Richelieu puis à Saint-Antoine-sur-Richelieu et s’assureront de donner à leurs enfants la meilleure éducation. Noël Dorion, décède le 17 juillet 1794, à Saint-Marc-sur-Richelieu, et sera inhumé le 19 dans le cimetière de Saint-Ours, donc à une cinquantaine de kilomètres de son lieu d’habitation connu. Le texte de l’acte d’inhumation est fort laconique. Sa profession n’est pas mentionnée, mais l’âge qu’on lui attribue correspond à l’âge de « notre » Noël. On y indique qu’il a été retrouvé noyé l’avant-veille et que « les formalités ordinaires en ont été faites (sic) par le Capitaine de la paroisse », c’est-à-dire l’officier de justice de la paroisse qui avait sans doute autorisé l’inhumation du corps après examen de la dépouille. Noël Dorion se serait-il suicidé? Mystère. Les circonstances et la date du décès de Barbe Trudel sont tout autant obscures puisqu’on ignore où et quand elle décédera.

Des descendants de Noël Dorion et de Barbe Trudel qui laisseront leur marque. Le plus connu des enfants de Noël Dorion et de Barbe Trudel sera Pierre-Antoine Dorion, marchand prospère et député du comté de Champlain à la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada. Son fils, Antoine-Aimé Dorion, avocat, homme d’idées, député au fédéral à plusieurs reprises, deviendra bâtonnier du barreau de Montréal et finalement juge en chef de la Cour du banc de la reine du Québec. Il aura droit à des funérailles nationales à la suite de son décès, le 31 mai 1891. On peut consulter dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne une notice biographique du père et du fils, qui résument éloquemment leur parcours professionnel, et démontrent qu’ils étaient désormais partie prenante de l’élite politique du Bas-Canada.

Pourtant, les liens avec la famille restée à Québec, demeurée essentiellement commerçante, demeureront étroits et ce, sur plusieurs générations. Ce fait est confirmé par Roland-Auger dans son article très fouillé sur la famille Dorion, cité dans les chapitres précédents.

François Dorion, boucher à Québec. François, quant à lui, continuera d’exercer le métier de maître-boucher à Québec, de même que certains de ses cousins Dorion. On indique dans le recensement paroissial de 1795 qu’il est « boucher » et habite le 19 rue Buade et, dans celui de 1805, qu’il est « ancien boucher » et habite le 23, rue Buade. Il décédera le 17 octobre 1806. Sa femme, Nathalie Trudel, l’avait précédé le 26 juin 1805.

Son fils, Pierre Dorion, exercera, le contraire nous eût étonné, le métier de boucher. Il est mon ancêtre direct.

Réf. : Pour vous y retrouver avec la famille Dorion, consultez l’arbre généalogique des Dorion
108 - Les Dorion, bouchers du Petit Séminaire

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